Alerte orages ! (Ou comment survivre à la météo australienne)

Vous le savez, j’adore me moquer de mes nouveaux voisins, notamment parce qu’ils se plaignent tout le temps du blizzard qui frappe le pays, alors qu’il fait joyeusement 13°C et que l’on est en septembre, c’est-à-dire l’équivalent du mois de février. On a connu plus mordant, comme froid ! (Pour l’article sur le sujet, voyez ici !)

Mais les choses ne sont pas aussi simples et la météo victorienne nous a donné l’occasion de tâter un peu de la puissance de la nature australienne le week-end dernier. J’interromps donc la rédaction d’articles futiles (!) pour parler un peu de ce qui s’est passé à Melbourne et plus particulièrement dans les Dandenongs, où je vis actuellement.

LA tempête du printemps

(En fait, on espère tous très fort qu’elle sera la seule et l’unique !)

La semaine passée, si vous me suivez sur Facebook, vous avez pu lire qu’il faisait 23° et un superbe soleil. C’était le top, le Little Boy in Boots et moi on est même allés à la piscine en plein air, on se croyait en plein été. Sauf que les choses se sont sérieusement gâtées pendant le week-end, et que les agences météo du coin annonçaient des vents à plus de 130 km/h.

Gloups.

Or, là où nous habitons, il y a plus d’arbres que d’habitants au mètre carré, ils sont absolument gigantesques et que pour couronner le tout nous avons eu le mois de septembre le plus pluvieux depuis quelques décennies. Le parfait combo pour que les arbres se mettent à pleuvoir sur nos petites têtes.

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Pour vous donner une idée de la taille des arbres ! Ils sont superbes, non ?

Soudainement, devant chez nous, l’énorme eucalyptus à trois troncs qui s’enroule autour des câbles électriques nous reliant à la rue nous faisait un drôle d’effet. Il est assez gros pour aplatir la maison dans son ensemble, pour la faire courte. Et comme beaucoup de maisons australiennes, elle est en bois, il n’en resterait pas grand chose si cela arrivait.

Note ironique : Il y a deux semaines, deux agents d’AusNet, la compagnie d’électricité locale, sont venus gentiment toquer à notre porte en nous annonçant que leur chef avait décidé de se débarrasser d’un arbre devant la maison. J’avais alors demandé si notre géant allait nous quitter. « Ah non », m’avait répondu le bougre d’un air nonchalant, « on va couper celui-là. » Il pointait en direction d’un arbre tout maigrichon dont les branches ne menaçaient même pas le réseau électrique. « On coupe ce qu’on nous a dit de couper, hein. » Certes. Bon disons qu’en écoutant le bulletin météo, cette petite conversation m’est soudain remontée à l’esprit, en espérant très fort que notre bel eucalyptus ne finisse pas sur le canapé du salon.

Au garde-à-vous

Dimanche matin, nous étions tous au garde-à-vous. La CFA (les pompiers) postait des actus sur Facebook, nous demandant de rester bien gentiment chez nous, de rentrer les animaux à l’intérieur et de mettre nos voitures au garage si nous en avions un. Pas franchement rassurant. Vers dix heures du matin, le show a donc pu commencer, les eucalyptus des voisins commençant à tanguer dangereusement.

10h26 : paf, plus de courant. Nous ne le savons pas encore, mais un arbre vient de s’affaisser quelques rues plus bas, privant l’ensemble du quartier d’électricité. Nous restons positifs, c’est certainement l’affaire de quelques heures. Pas très grave, les services de la voirie sont sur le coup ! Nous entendons les sirènes des pompiers, les crissements de pneus des camions de la sécurité civile. Nous ne sommes pas seuls ! Les bourrasques, elles, continuent bon train.

Dimanche soir (nous sommes toujours dans le noir, mais l’eucalyptus du front yard a tenu bon !), les chiffres sont tombés (mais nous ne pouvons pas y accéder car la connection 3G de nos téléphones a rendu l’âme) : plus de 2100 arbres ont été arrachés par le vent, plus de 1400 maisons sont gravement endommagées. Et surtout plusieurs personnes ont perdu la vie dans les rues voisines. La nature nous rappelle à l’ordre…

La météo australienne, c’est donc du tout ou rien.

Chez nous, rien de bien grave. La clôture a rendu l’âme et notre jardin est grand ouvert à l’arrière. Il y a des branches gigantesques qui gisent sur la terrasse, mais globalement on ne se plaint pas, car d’autres ont perdu bien plus que du matériel, somme toute remplaçable ou réparable.

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La communauté s’organise

Coupés du monde, littéralement, nous entamons une première nuit dans le noir complet, en nous réjouissant tout de même d’avoir encore accès au gaz et à l’eau (certes froide). Le lendemain, j’erre un peu comme une âme en peine histoire de trouver un café d’ouvert. Il fait 10° dans la maison (on dit merci à l’isolation à l’australienne), il n’y a pas internet, je ne peux pas du tout travailler.

La grand-rue est totalement plongée dans le noir, la bibliothèque aussi. Aïe, ça s’annonce mal. Les habitants du village, qui sont eux aussi venus ici trouver un peu de réconfort, repartent aussi sec. Il nous faudra descendre de notre petite montagne pour retrouver le confort moderne. Les bibliothèques des villes voisines sont remplies à ras-bord d’habitants des Dandenongs en quête d’un peu de chaleur, d’une prise pour leur téléphone, d’une connection internet. Et puis simplement d’un contact, avec quelqu’un, qui que ce soit, pour raconter ses petits (ou gros) malheurs, comme ce couple qui vient expliquer à un agent immobilier assis à la table voisine qu’un arbre a éventré leur maison et qu’ils cherchent de toute urgence un logement pour les six prochains mois. A côté de ces drames (imaginez payer votre crédit pour une maison inhabitable ET un loyer…), notre manque d’électricité est franchement accessoire. Plus loin, une femme s’effondre.

« Maman, ça va ? », lui demande son fiston de quatre ans.

Maman n’a plus de voiture, plus de nourriture dans le frigo, les routes sont coupées et elle a dû marcher plusieurs kilomètres avec son fils car les bus ne circulent plus. Maman est fa-ti-guée. Les gens se précipitent, lui proposent de la conduire chez des amis, lui paient un café. On s’enquiert de savoir si elle a un endroit où dormir le soir même avec son enfant. Elle retrouve petit-à-petit le sourire. Il faut dire, tout le monde y a mis du sien.

Et ce ne sont pas des actes isolés : sur Facebook, les groupes locaux s’activent. L’agent immobilier de la grand-rue, Bell Real Estate, propose à ceux qui sont encore dans le noir de venir recharger leurs téléphones. Le Grunge Café offre une boisson chaude à ceux qui en ont besoin. La piscine municipale propose des douches à ceux qui n’ont plus d’eau chaude.

Captures d’écran des comptes Facebook de Bell Real Estate et de la piscine municipale de Belgrave.

Les particuliers proposent de l’aide :

« Si vous avez besoin de faire une machine, venez donc, j’ai de l’électricité. »

« N’hésitez pas à venir charger vos téléphones chez moi. »

« Mon mari prépare de la soupe bien chaude, qui en veut ? »

Certains échangent des informations sur les estimations de la compagnie d’électricité, tandis que d’autres partagent des tips sur les démarches à effectuer auprès de son assurance maison. Impossible de se sentir seul, les habitants des collines, les hills folk, ne vous laissent pas tomber.

Il faudra trois jours aux services de la voirie pour rétablir le courant dans notre rue et à l’heure où j’écris ces lignes, environ 10 000 personnes sont encore dans le noir. Et c’est assez impressionnant de voir comment très peu de gens se plaignent ou râlent à l’encontre des services publics. Tout le monde s’accorde à dire (et c’est bien vrai) que ces services sont débordés vue l’ampleur de la tâche, et qu’ils font ce qu’ils peuvent. Des messages de remerciement à l’égard de ceux qui travaillent dur à rétablir les choses à la normale circulent sur les réseaux sociaux. Chacun s’accommode plus ou moins de la situation, on s’entraide, on se parle, demande des nouvelles, s’assure que tout le monde va bien. J’admire cette façon, très australienne, de voir le verre à moitié plein, en toute circonstance. C’est beau, non ?

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