Déménager en Australie : vider son appartement

Pour un départ pareil, il y a juste un million de choses à penser. Je vous parle d’un vrai déménagement à l’ancienne, pendant lequel on a dû faire des choix déchirants parce que (breaking news) ça coûte les DEUX BRAS de partir en Australie. C’est ce qui change la donne quand on compare avec une mutation tout frais payés par une multinationale, où en général, les gens rentrent à la maison quelques années après. Nous, on savait que l’on partait pour du long terme, donc pas la peine de conserver des boîtes dans un garde-meuble à Paris.

The Little Girl in Boots Déménagement Australie Expatriation Migration

Préparer un budget

Notre premier problème était de budgeter tout ça. Oh, surprise, une fois mon visa payé, les papiers du chat, les visites chez le véto pour lui et le médecin pour moi, les billets d’avion pour nous trois (celui du chat coûtait le double des nôtres ! Ah, je ris…), eh bien cela faisait une somme déjà bien rondelette (on avait dépassé les 10 000 euros). Comme le dirait une série tv bien marrante, avec le Little Boy, on s’est assis sur le canapé, je l’ai regardé, il m’a regardée, on s’est regardés, et on a vite capitulé.

« Ok, on part avec les valises, et basta. »

Ce jour-là on était en mode loose, le Little Boy avait appelé toutes les entreprises possibles et imaginables pour envoyer quelques affaires à Melbourne et il était revenu le teint gris (qui allait lui rester un petit moment…) :

« Un demi-container ça coûte 8000 euros. »

Et merde zut.

Séparations

Bien sûr, ça fait super cher, et les meubles Ikea griffés par notre tigre n’en valaient pas du tout la peine, on n’allait pas se mentir. Restait des objets d’une valeur sentimentale : en bonne étudiante en littérature, j’avais accumulé une montagne de livres dans mon salon. Les jeter, pas moyen.  On ne jette pas la pensée. M’en séparer ? Humpf… Mais là, il fallait affronter la réalité : ça ne valait pas la peine de prendre Hugo, Zola, Molière et les autres. D’autant qu’on les trouve en ligne. Mais que faire des livres rares ? Tous ces textes de poésie chinés un peu partout en France, en Allemagne et en Suède ?

« On peut les donner à tes parents ! »

Ouais, sauf que la maison de mes parents n’est pas un vide-grenier et qu’ils hébergent depuis de longues années les affaires de ma grand-mère. Je n’avais pas tellement envie de leur coller en plus des bouquins qu’ils ne liront pas.

« Comment, La Naissance de la Tragédie de Nietzsche, ça ne vous branche pas plus que ça ? »

« Incroyable, je pensais que les poèmes de Strindberg dans le texte ça te ferait plaisir. »

Moi, courageuse : « Allez, je vais les revendre, ça me fera des sous pour en racheter à Melbourne. »

Ah, la naïveté de la jeunesse.

Croyez-le ou non, mais revendre ses livres, c’est une galère sans nom. Alors d’abord, on remplit son coffre pour aller dans les quelques librairies qui rachètent des livres d’occasion. Puis on le vide à la main parce que la dame de la caisse ne viendra pas faire son choix devant la boutique sur le trottoir. Non non. Elle te regarde vider environ 1000 livres derrière son comptoir. Pour finalement te dire qu’elle en prendra environ un dixième.

Détail croustillant : c’est forcément la semaine où tu vides ta bibliothèque que la copropriété a décidé d’immobiliser l’ascenseur. (Nous vivions au troisième étage.)

The Little Girl in Boots Déménagement Australie Expatriation Migration

Je vous présente la première 206-bibliothèque.

[Imaginez la caissière avec un chewing-gum en bouche]

Elle, mâchouillant : « En fait, les classiques, on ne sélectionne que les éditions récentes. Un an max. Parce que là, vos livres ils sont trop vieux. »

Moi, décomposée : « Mais Molière reste Molière, peu importe l’édition… »

Elle : « Non mais je ne les prendrai pas. »

[Discours de vieux] Mais que fait la jeunesse ? On ne lit plus de nos jours ?

Ca, c’est ce qui s’est passé dans ma tête pendant que je vidais mon coffre dans des sacs Carrefour. Et je me demandais aussi pourquoi moi, quelques années plus tôt, j’achetais des classiques dans des éditions vieilles de dix ans pour économiser quelques deniers. Bon, visiblement aujourd’hui (!) on ne lit / vend que du neuf !

Dans une autre librairie, on m’a finalement pris mes classiques (enfin certains, parce que s’il y avait un passage souligné au crayon à papier c’était niet), mais à un euro chacun. C’est pas du vol, ça ?

Mais on était en janvier, la date fatidique approchait et je commençais à désespérer de voir mon appart se vider. A un mois du déménagement, je n’avais qu’une chose en tête : me débarrasser d’un maximum de choses. Parce que je ne pouvais pas me permettre d’avoir des objets sur les bras. Je devais partir avec quatre valises, mon mari et le chat, le tout dans une 206. (Tetris, quand tu nous tiens.)

The Little Girl in Boots Déménagement Australie Expatriation Migration

Le Bon Coin

On est alors passés en mode offensive. Et pour ça, il y a Le Bon Coin. Magnifique site de petites annonces, où tu peux vendre absolument TOUT. Même des cuillères en bois. Parfait, n’est-ce pas ? Sauf que (il y a toujours un sauf que dans la vie) Le Bon Coin éprouve ta patience et ta bonne volonté. Pas le site en lui-même. Non, les gens qui vont dessus.

The Little Girl in Boots Déménagement Australie Expatriation Migration

[Les exemples ci-dessus sont REELS, je n’exagère pas. Seule l’orthographe a été changée !]

« Bonjour, je suis intéressée par votre lit, il est à 120 euros, vous pouvez le faire à 20 ? »

« Bonjour, je n’ai pas de voiture, mais voudrais acheter votre matelas. Vous livrez ? »

« Salut, ton mixer m’intéresse, tu peux l’apporter à la station de métro *àl’autreboutdelaville* »

Et les gens qui ne viennent pas aux rendez-vous, et ceux qui te harcèlent pour que tu gardes l’objet (pour finalement ne pas venir), et les négociations sans fin pour grappiller un ou deux euros. Un type nous a même volé un bol. SERIEUSEMENT.

The Little Girl in Boots Déménagement Australie Expatriation Migration

Vous pouvez voir les rares livres que l’on a gardé dans le coin ! Le reste a fini chez Emmaüs.

Après des semaines de lutte, notre appartement ressemblait à une coquille vide. Le chat commençait à déprimer (il n’avait plus rien pour faire la sieste), nous aussi (on n’avait plus rien pour mater la télé) et la dernière semaine il a fallu se décider à apporter tout ce qui restait à Emmaüs.

En mode camping dans le salon, sur un matelas pneumatique.

Ouf, on était fin prêts à monter dans la 206. (Les photos sont classées secret défense.^^)

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *