La taille, ça compte ?

En ce moment, je suis en phase d’adaptation, du coup je me retrouve toujours dans des situations rigolotes qui ne feraient pas du tout rire un local. Aujourd’hui, je me rends à la boucherie du coin, qui fait une promo sur le Porterhouse steak. Héhé, parfait.

Moi, enthousiaste : “Good day (genre je suis Australienne), j’ai vu que vous faisiez une promo sur le steak !”

Le boucher, ravi : “Oui, tout à fait ! Par contre, il faut prendre le Porterhouse en entier.”

Moi, les yeux écarquillés : “Ça ferait combien ?”

Lui, l’air blasé : “Cinq kilos.”

Moi : “Euh, mettez-moi deux steaks plutôt.”

Cinq kilos de viande. Le type vendait cinq kilos de boeuf, avec le sourire. Voilà, bam, choc culturel, qui m’a rappelé que je voulais vous parler des portions en Australie.

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Ça, c’est un Chicken Parma, une spécialité locale. Autant le dire tout de suite, le vert en bas à droite, c’est pour décorer.

Mon assiette est plus grosse que la tienne

On vous l’a appris depuis l’adolescence, la taille ça ne compte pas. Perso je ne me suis jamais émoustillé de la taille de mon steak, et d’ailleurs aucun bistro parisien ne vous précisera le poids de votre entrecôte (de toute façon c’est comme ça et c’est TOUT. On reparlera du jour où j’ai découvert ce qu’est le service client. Gros gros choc.) En France, on vous répète qu’il faut manger de tout en quantité raisonnable. Bon, ça ne veut pas dire que tout le monde le fait. On est un pays de bons vivants !

Exceptions : Noël, Jour de l’an, les mariages, les anniversaires, les soirées raclette / tartiflette.

Or l’Australie fait partie de ces pays où vous allez entendre (à propos de choses diverses comme le tour de biceps de votre mari, la glace qui vous avez commandé un samedi aprèm à la plage ou encore au supermarché) que « bigger is better » (Pour les non-anglophiles : « Plus gros c’est mieux »). Et c’est vrai que la notion de portion n’est pas du tout la même que dans l’hexagone. (C’est d’ailleurs un peu propre à l’espace anglo-saxon, sans vouloir faire de parallèles qui pourraient m’attirer des problèmes…)

C’est assez amusant, parce que quand vous allez au restaurant à Melbourne et aux alentours, si vous mangez dans un endroit abordable (= au pub du coin), vous allez indéniablement vous retrouver avec une assiette remplie à ras-bord. Et à entendre les réactions autour de la table, c’est bien plus important que la qualité de ce qui se trouve dans la-dite assiette. Je vois encore la tête sidérée de mon père face à la pizza qu’il avait commandée le lendemain de son arrivée. Il y en avait sérieusement pour trois personnes. Et il l’a finie. Sa mère lui a toujours dit de finir son assiette.

Le trop-plein

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« Nous n’avons pas les mêmes valeurs », dirait une marque de rillettes.

Imaginez mon Australien dans un supermarché français, rayon boucherie. Il me revient, l’air dégoûté :

« Les steaks sont minuscules. »

Non, chéri, les steaks sont de taille à ne pas prendre dix kilos par an. 150 g, c’est ce qui est recommandé par les agences de santé internationale. (Réponse chiante, ou bien ?)

« Moi j’aime les gros steaks de 300g ! »

Dialogue de sourds.

Bon, attention, qu’on ne se méprenne pas, la France n’est pas connue pour sa gastronomie light, loin de là. L’homme a failli trépasser lors de son premier Noël en famille, il n’avait pas compris que ma mère nourrissait une armée et qu’il ne fallait pas s’enflammer sur tous les plats. De même, assister à un déjeuner du dimanche chez ma grand-mère, c’est le diabète assuré. Elle enchaîne les plats, on est tous obligés à un moment où à un autre de retirer le premier bouton de nos pantalons, et on ressort en roulant. Mais ce genre de repas, c’est (ou plutôt ça devrait être) exceptionnel.

Marrant, ça. Ma grand-mère, elle cuisine toujours trop parce qu’elle a manqué pendant la guerre (c’est son argument imparable). Ici, ils achètent trop… mais en fait on ne sait pas pourquoi. Le nombre d’enfants par famille n’est pas plus important qu’en France (ça pourrait être une autre bonne raison), ils ne vivent pas tous dans des fermes perdues au milieu de nulle part (c’est-à-dire à 100 km du prochain supermarché), non, vraiment, j’ai beau chercher, je ne saisis pas l’intérêt du jus de fruit par bouteille de deux litres. En prime, c’est plus compliqué à soulever le matin au réveil. Ou alors c’est une tactique pour nous faire soulever des poids ?

La bonne nouvelle : des emballages king size = moins d’emballages. Ce serait presque écologique.

Bon, le vrai problème, c’est que sans nous en rendre compte, nous sommes conditionnés par la taille des portions qui nous sont vendues. Quand nous achetons un blanc de poulet, nous le mangeons en entier, n’est-ce pas ? Eh bien c’est pareil ici. Sauf que le dernier blanc de poulet que j’ai acheté à Melbourne, il faisait 300g par personne. Le truc ENORME. En ouvrant la barquette, je pensais trouver quatre morceaux. Il y en avait deux. Et j’aurais dû les couper en deux, car cela faisait beaucoup trop. Mais par habitude, j’ai juste pris mes deux blancs, je les ai cuits et basta. (Mon instinct de mouton a pris le dessus.)

Question subsidiaire : De quelle taille sont les poulets australiens ?

Et c’est pareil pour tout. Le lait se vend par bouteilles de deux litres, le beurre par kilo, la glace par  pots de deux ou quatre litres… Tout, absolument tout, est vendu dans des contenants qui font au moins deux fois la taille de ce qui vous est vendu en Europe. Or perso, s’il y a plus de glace, eh bien je mange plus de glace. Ta bouteille de lait, même problème : une fois ouverte, il faut la finir dans les temps. Donc tu bois davantage. Cela conduit à de la surconsommation. Et on touche là à un autre problème : le risque d’obésité, qui est quand même bien présent ici.

D’après Tim Gill, dans une étude australienne récente,

“Environ 60% des adultes et un enfant sur quatre sont en surpoids ou obèses, et le Conseil National pour la Santé et la Recherche Médicale prévoit que d’ici 2025, 83% des hommes et 75% des femmes seront en surpoids ou obèse si la situation actuelle continue.”

(“Around 60 per cent of adults and one in four children are overweight or obese, and the National Health and Medical Research Council predicts that by 2025, 83 per cent of men and 75 per cent of women will be overweight or obese if current trends continue.”)

La nutritioniste Catherine Saxelby, dans un autre article, compare plusieurs produits que l’on trouve au supermarché en Australie, aujourd’hui et dans les années 1960-1970 :

  1. Le chocolat : “Dans les années 1970, quand vous partagiez une plaque de chocolat taille “familiale”, elle pesait 150 grammes. Maintenant, la même plaque fait 250 grammes”. (“In the 1970’s when you shared a “family” block of chocolate, that was one weighed 150g. Now, what’s sold as “family block” weighs 250g.”)
  2. Le thé : “Dans les années 1960, le thé était servi dans de mignonnes petites tasses en porcelaine. Aujourd’hui nous buvons notre thé dans de grands mugs qui contiennent 50% de plus.” (“In the 1960’s tea served in dainty china cups. Now we drink our tea in large mugs that hold 50% more.”)
  3. Les cup cakes (sorte de gateaux) : ils sont passés de 90 grammes à 200 grammes.
  4. Les boissons alcoolisés : les verres de vin contenaient 100 ml, maintenant on nous sert des verres pouvant contenir 200 ml.

Je crois que pour une fois, les chiffres parlent d’eux-mêmes.

« Mais tu comprends, on a de longues distances, donc comme ça les gens ne reviennent pas au supermarché pour acheter du jus. »

« Chéri, on est à Toorak, là. »

(Note : Toorak est une banlieue ultra-chic de type Neuilly, à dix kilomètres du CBD. Dans le genre isolé, on repassera.)

On touche là à un autre mythe australien : le local sait que son pays est immense, donc il en joue à mort. Sauf que la mère de famille qui achète du jus de tomate pour ses gnomes à Toorak, elle n’est pas en mode survie dans le désert (où là oui, les grandes quantités ça a du sens !). Mais d’après le Little Boy, il y aurait quand même un fort besoin de grandes quantités. Du coup, tu as aussi besoin d’un gros frigo, d’une grosse voiture, d’une grosse maison, etc. Et tu prends deux tailles de jean avant d’avoir dit ouf. Bigger is better, right?  Comment ça, non ? (Et c’est comme ça que tu te retrouves à la gym pour soulever des poids et éliminer la tonne de sucre de ton jus de fruit du matin.)

L’art de la modération ?

Mo-dé-ra-quoi ?

Le Little Boy a toujours trouvé amusante la taille d’un verre de vin à Paris ou ailleurs en France. Genre cute. Le ballon de rouge, qui finalement, c’est vrai, ne contient pas grand chose. 100 ml. Il appelle ça la modération à la Française. (Il n’a pas assisté à la fête du Beaujolais nouveau, laissons-le à ses fantasmes !) 100 ml, c’est un verre “standard” en France comme en Australie, qui te permet de savoir où tu en es pour prendre le volant. Autant vous le dire tout de suite, avec les quantités servies au restaurant et dans les bars ici, j’ai toujours des doutes de où je me situe niveau alcoolémie. (Mais comme mon deuxième prénom, c’est Sam, je ne prends aucun risque.)

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Une pub qui n’aurait pas fonctionné ici : “Sans alcool la fête est plus folle !”

Avant de le rencontrer, je n’aurais jamais parlé de modération pour parler de la relation que nous entretenons avec l’alcool en France. J’avais vécu en Allemagne, où la bière coule relativement comme dans le nord de la France, dont je suis originaire ; et en Suisse, où pour s’émécher dans un bar tu as plutôt intérêt à casser ta tirelire.

Bon, après, j’ai visité l’Australie, et assisté à des barbecues. Depuis, j’ai révisé mon point de vue. En Europe on est ultra modérés (vous pouvez rire en arrière-fond, mais je suis sérieuse). Ici, un verre de vin est toujours (roulement de tambours) deux fois plus rempli qu’en France. Et les bouteilles se vident à une vitesse alarmante. En gros, le barbecue du samedi après-midi avec tes parents ressemble aux soirées médecine du jeudi avant après les partiels. (Et pourtant l’alcool est loin d’être bon marché !) C’est imprégné dans la culture très, très profondément (et ça mérite un article en soi, que je vous promets pour bientôt !). Mais au fond, c’est le même problème qu’avec le poulet et le jus de fruit : la notion de portion est juste différente. Sauf pour la police et la Commission des Accidents de la Route (TAC), qui s’acharnent à coup d’affiches de prévention routière à faire comprendre qu’un verre de vin de 200 ml ça compte double au regard de la loi.

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“Juste un peu au-dessus ? Espère d’idiot.”

La cerise sur le gâteau

Quand j’ai rencontré le Little Boy in Boots, il trouvait juste dingue que le repas de base en France comporte nécessairement un dessert (pour lui dessert = pâtisserie. Bon, depuis il a compris qu’en fait ça pouvait aussi être un yaourt ou un fruit.). Oui, maintenant que l’on vit ici, je le comprends. Parce qu’après 300g de steak et au moins autant en frites, non, vraiment, je ne reprendrai pas de dessert, merci bien madame.


Ça vous intéresse ?

Promis, j’adore manger et moi aussi j’ai parfois les yeux plus gros que le ventre ! Donc on reparlera spécialités locales et habitudes alimentaires (et pas seulement en étant raisonnable !).

Voici quelques articles sur le sujet qui pourront aussi vous intéresser (en anglais) :

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