Le Footy

Cela fait maintenant cinq mois que je suis arrivée à Melbourne et suite au harcèlement de la famille et des amis du Little Boy in Boots, je me suis enfin décidée à aller à un match de Footy, sport local qui fait fureur pendant l’hiver australien, notamment à Melbourne. En gros, depuis le début de la saison, le Victoria arrête de respirer du jeudi au dimanche parce qu’il y a le footy à la télé. Même à la radio (notamment Triple M, une radio qui vise essentiellement les traddies, les travailleurs manuels), ils n’arrêtent pas d’en parler. J’en ai déjà ma claque, pour tout vous dire, certainement parce que je n’y comprends pas grand-chose et que ça m’intéresse encore moins.

Mais quand il faut, il faut, comme on dit.

En Australie, le sport est élevé au rang de religion. Si si, je vous assure. Alors autant vous allez galérer pour entendre parler de livres à la radio, autant le sport fédère plus ou moins tout le monde, toutes catégories sociales confondues. Enfant, femme, homme, TOUT LE MONDE vous parle du footy et vous demande quelle est votre équipe favorite. A tel point que pour Stephen Alomes (cité par Maïa Ponsonnet dans Australie, Histoire, société, culture, p. 206), « le sport est devenu notre culture folklorique ». D’après cet universitaire, le sport remplace les batailles et tout ce qui forme l’histoire de nos vieux pays à nous. Les Australiens se réunissent autour de leurs sportifs à eux, qui pratiquent en général des sports relativement confidentiels. Que celui qui a déjà entendu parler du net ball lève la main. Bref, tout ça pour dire que pour comprendre la société australienne, il faut se confronter à son amour de l’effort. (Tellement anglo-saxon, n’est-il pas ?)

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Aïe, ça veut dire qu’on ne va pas y couper.

Bon alors, soyons très clairs : le sport, j’aime le pratiquer, pas tellement le regarder. Si vous voulez me torturer lentement, forcez-moi à regarder l’intégrale du Tour de France, Rolland-Garros, l’Euro de foot et les JO qui arrivent. Je pense qu’après ça, vous risquez de me trouver liquide. Je n’aime pas les commentaires (toujours prononcés par des individus qui ne bougent pas de leur canapé, mais qui savent mieux que les professionnels du sport : « Eh vas-y, mais où t’as appris à jouer !! »), ni l’ambiance bière-chips (qui va tellement bien avec l’idée que le sport est bon pour la santé).

Ok, j’arrête de faire ma (French) râleuse.

Samedi matin, donc, le Little Boy in Boots et moi on est montés dans un train jusqu’à Richmond, une petite ville de la banlieue de Melbourne, où se trouve le Melbourne Cricket Ground (MCG pour les intimes). On a enfilé deux écharpes rouges et noires (il paraît que l’on est pour Essendon) et zou, on a filé vers notre destin.

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Un stade gigantesque

Je dois avouer que quand on habite dans un pays qui idolâtre le sport on est bien obligé de faire un effort. Et malgré mon introduction des plus glacées, je dois vous confesser qu’en fait j’ai plutôt passé une bonne après-midi dans les gradins du MCG ! D’abord parce que voir un tel bâtiment de l’intérieur, ça en vaut la peine. Imaginez un peu le dixième plus grand stade du monde. Carrément. Il leur fallait bien ça, aux Australiens. Le stade de France à côté c’est de la gnognote. 100 000 places assises, ça commence à faire. Pour vous situer un peu la chose, avec le Little Boy in Boots, on trouvait le stade complètement désert, jusqu’à ce que la voix-off nous lance :

« Aujourd’hui on est 40 000, faites du bruit ! »

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Le plus impressionnant c’est tout de même le calme et l’organisation dont font preuve les Australiens qui viennent au footy. Imaginez-vous bien que le match de samedi est un événement familial : devant nous, on avait des ribambelles de gamins avec leurs sandwichs, des copines venues papoter devant le jeu, une nana toute seule qui sortait son bouquin pendant les pauses. Rien à voir avec les énervés du PSG et autres supporters électrisés par 1) l’alcool 2) le jeu. Nous sommes tous entrés dans le calme, sans qu’il y ait un seul problème de comportement. Et pareil à la sortie !


Le détail : Un petit message passait régulièrement sur les écrans géants. Si tu avais d’aventure envie de faire le show en galopant au milieu du terrain pendant le match, sache que cela te coûtera la modique somme de 8600$. Au moins les choses sont claires.


Les gens sont sympathiques, l’ambiance décontractée. Pour vous situer la chose, on est entrés par la mauvaise entrée et on s’est retrouvés entourés de supporters de l’équipe adverse et on n’a pas eu un problème. J’avais juste une petite pensée pour le mec de l’OM au milieu d’une tribune PSG (et inversement)… Bref, choc culturel garanti. L’Australie serait-elle le pays des bisounours ?

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A la mi-temps (en réalité le jeu s’arrête toutes les 30 minutes, donc trois fois en tout), les parents vont chercher des meat pies (tartes à la viande), avec un peu de ketchup sur le dessus, comme il se doit, leur progéniture brandit des drapeaux et pousse des cris quand les joueurs marquent entre les deux poteaux. Bon enfant, on a dit.

Le jeu

Sur le jeu en soi, je crois que je vais vous épargner les détails. D’abord parce que ce n’est pas une chronique sportive que je vous livre ici, et ensuite parce que je suis à peu près certaine que les changements de règles de l’AFL (Australian Football League) ne vont pas vous empêcher de dormir ce soir.

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Il y a dix-huit types de chaque côté (et quatre réservistes sur le banc), ils courent après une balle qui ressemble à un ballon de rugby (ne dites pas à un Australien que j’ai écrit ça, je nierai en bloc) et ils doivent la lancer entre deux poteaux. Pour ce faire, tous les coups sont permis, ou presque. C’est certainement la partie la plus rigolote du jeu : pas de pleurnicheries typiques du foot (soccer ici), ni de stop/start comme au football américain (où là, on s’ennuie ferme).

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C’est un jeu qui va vite, on n’a pas le temps de piquer un roupillon pendant les deux heures que dure le match (par tranche de trente minutes pour 1) laisser le temps aux supporters d’aller chercher une bière / une meat pie 2) laisser le temps aux joueurs de souffler. Après tout, à chaque match ils courent l’équivalent d’un semi-marathon !)

Richmond vs. Essendon

Comme je vous l’ai dit au début de cet article, le Little Boy est un fervent supporter de l’équipe d’Essendon. N’ayant aucune objection à faire de ce côté-là, j’ai donc gentiment enfilé mon écharpe rouge et noire pour lui faire plaisir. C’est après que j’ai compris ce que cela voulait dire !

Alors que nous nous installons, en contrebas, une mascotte de Richmond jouait avec des enfants :

« Classe, le tigre ! », je lance. « Et nous notre mascotte, c’est quoi ? »

« Un moustique. »

Que veux-tu répondre à ça ? Le moustique vs un fauve, c’est quand même moyennement classe. Bzzz.

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Mais passons !

Ce que je ne savais pas : Essendon a été au centre d’un scandale de dopage massif il y a quelques années et tous ses joueurs ont été suspendus. Résultat des courses, sur le terrain, en ce moment, il n’y a presque que des petits jeunes qui ont bien du mal à se confronter aux mastodontes d’en face. Bref, Essendon se prend raclée sur raclée depuis le début de la saison, avec des scores humiliants. Du coup, on avait plein de gens morts de rire autour de nous dans le train ou dans le MCG, qui nous lançaient des remarques du type « alors, vous y croyez encore ? ».

La surprise du jour : Visiblement Richmond n’est pas bien en forme cette saison non plus. (Je n’ai pas demandé de détails.) Du coup on est allés voir LE match que personne ne voulait voir. Cela explique qu’il n’y avait « pas grand-monde » dans le stade ! (A 40 000 personnes je trouve qu’il n’y a pas de quoi rougir, mais d’après le Little Boy c’est naze et on doit y retourner pour voir le stade plein. Aaaaaah.)

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Au final, les deux équipes se sont bien battues. Essendon a perdu (on ne rit pas), mais jusqu’à la dernière minute ils étaient proches de l’emporter. Mais on ne leur en veut pas ! Après tout, la force du moustique face à la puissance du tigre, c’était certainement couru d’avance.


Pour avoir une idée de quoi il retourne, voici le match !

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