Le Street Art à Melbourne

Quand vous avez un guide de voyage sur la ville de Melbourne entre les mains, on vous annonce en grande pompe que Melbourne est LA ville du street art dans l’hémisphère sud et c’est vrai qu’à se promener l’air de rien dans les rues du CBD, vous allez tomber sur pas mal de lanes  (ruelles) barbouillées de haut en bas, avec des grappes de touristes qui prennent des selfies grâce à leur stick et même régulièrement des couples de jeunes mariés armés de leur photographe professionnel. On a vu plus authentique ? Je ne vous le cache pas. Cependant, il y a des trésors cachés un peu partout dans la ville, il suffit d’éviter – comme souvent – les endroits conseillés par l’ensemble de la toile et du monde du tourisme…

The Little Girl in Boots Street Art Melbourne Victoria Australia Visiter l'Australie Tourisme Expat Expatriation Expatrié

Dans les ruelles qui entourent Flinders street station, les musiciens de rue côtoient les artistes plastiques au milieu des touristesPour le plaisir des oreilles et des yeux !

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Du coup, soyons francs, mon article tombe à l’eau, c’est une tarte à la crème des blogueurs de voyage, qui recensent beaucoup mieux que moi les hot spots de la ville. Echec. Par conséquent, je ne vais pas vous gratifier d’un post intitulé : « Où aller voir du street art à Melbourne ? », mais je vais plutôt vous conseiller de lire par exemple les conseils de That’s Melbourne, qui vous conduira aux bons endroits en un rien de temps. (N’oubliez pas votre selfie stick.)

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Graffitis et sculpture intégrée à un mur d’une back lane de Fitzroy.

Maintenant que mon introduction est parfaitement sabotée, je pense que l’on peut passer à la suite. Et essayer de comprendre pourquoi il y a autant d’art de rue à Melbourne. 

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Non, vous ne rêvez pas, c’est bien un petit kangourou jaune qui sautille sur la droite de cette photo.

Libérer la parole

Inutile d’avoir fait des études d’histoire de l’art pour voir que le street art est avant tout une prise de parole libérée des règles traditionnelles : un mur, de la peinture, du papier et de la colle, et vous êtes partis comme en 40. L’Australien adorant défier les autorités (n’oublions pas les raisons de la présence d’une grande partie de la population !), cette forme d’art semble parfaite pour un peuple qui adore se représenter en petit délinquant (mais pas trop quand même).

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Ces oeuvres sont par essence éphémères, elles apparaissent et disparaissent au gré du zèle des agents de la municipalité et des autres artistes qui viennent recouvrir régulièrement ce qui est resté un peu trop longtemps à leur goût. La rue est une scène, un théâtre, et les artistes contemporains perpétuent une tradition vieille de plusieurs siècles.

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On peut ainsi penser à la très récente campagne de Peter Drew sur l’identité australienne. L’artiste pose alors la question fondamentale :

« What is a real Australian? » (Qu’est-ce qu’un vrai Australien ?)

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En ces temps de nationalisme, on ne peut que saluer l’initiative… Peter Drew a donc collé un peu partout sur le territoire ces affiches, afin de parler de l’un des points les plus controversés de l’histoire de l’Australie : la White Australia Policy, qui autorisait l’entrée sur le territoire aux individus à la peau blanche… et uniquement eux (sauf exceptions). Cette définition de ce qui est australien et ce qui ne l’est pas (que faire des Aborigènes, autre grave question ?) est soudain réactivée grâce à ces affiches, elle permet au passant de se questionner dans son quotidien, par le biais de l’histoire (notamment avec l’utilisation d’une photographie ancienne) sur le devant du poster. Or, n’est-ce pas la raison même de l’art que d’ébranler celui qui le regarde ? Le street art vient chercher le spectateur, même si celui-ci n’a pas choisi d’aller au musée. C’est certainement ce qui me plaît le plus dans cette forme d’expression.

Dynamiser le centre-ville

Mais comment le street art est-il devenu si populaire, jusqu’à être encouragé par les offices de tourisme locaux ?

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Depuis les années 1990, suivant l’élan de New York, le street art grandit dans la ville de Melbourne et aux alentours (allez donc vous promener du côté de Fitzroy, Richmond ou St Kilda, vous verrez que le moindre mur vacant est mis à profit par des artistes vraiment talentueux !), à tel point qu’il devient un argument de vente de la ville, qui promeut ces nouvelles oeuvres d’art sur Visit Victoria et en fait un must see de tout voyage dans la région.

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Evidemment, c’est une activité idéale pour qui visite le CBD : facile d’accès et gratuite (sauf si vous réservez l’un des nombreux tours). Pour l’office du tourisme, c’est du pain béni : le street art fait jeune, dynamique et moderne, le combo idéal pour attirer les foules dans un quartier commerçant où, il y a moins de 20 ans, les habitants de l’agglomération ne faisaient que passer pour aller au bureau avant de retourner bien au chaud dans leurs suburbs (banlieues). Le street art participe au renouveau du centre-ville et le rend attractif.

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Comme le souligne Leonie Gehrke dans « Art de rue à Melbourne : pourquoi l’histoire est importante » (« Street Art in Melbourne: why history is important »), « Flinders Lane présente à présent des hôtels, des magasins, des studios, des galeries, des restaurants, des bars et des cafés, remplaçant les entrepôts, les usines et les bureaux » (« Flinders Lane now contains hotels, outlets, studios, galleries, restaurants, bars and cafés instead of warehouses, factories and offices. ») La dimension mercantile du street art de Melbourne n’est pas à négliger.

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Résultat, la ville, bien loin de le combattre, l’encourage ! Faisant la différence entre les graffitis (qui ne sont pas les bienvenus, car considérés comme du vandalisme) et le street art, la mairie de Melbourne tente d’encadrer cette pratique aux retombées juteuses, en lui dédiant notamment des espaces réservés (et là vous comprenez mieux pourquoi certaines allées sombres sont recouvertes de peinture du sol au plafond… et pas d’autres.). Il existe donc un Plan de Management des graffitis  (si si… ils ont pensé à tout). Le street art est devenu une sorte de politique d’urbanisme. Or a priori, c’est un paradoxe fondamental : l’art de rue, qui à l’origine s’affranchit de toute limite, et notamment des carcans imposés par le monde de l’art disons plus « traditionnel » (les galeries, les musées, etc.), peut-il réellement s’accommoder de ces nouvelles règles ? Je suppose que nous aurons la réponse d’ici quelques années !

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Pour le fun, sachez que l’arrière-pays s’y met : en ce moment des artistes repeignent des silos en pleine brousse. On ne recule devant rien pour attirer le chaland ! Allez donc jeter un oeil sur leur page Facebook et leur compte Instagram, ça vaut le détour. La Silo Trail, sponsorisée par le gouvernement, sera prête d’ici juin-juillet 2017 et mesurera pas moins de 200 km ! Démesure des distances australiennes, quand tu nous tiens… Je ne sais pas vous, mais franchement ça me botte bien ! (Est-ce que ça signifie que je suis devenue une hipster locale ?)

2 comments

  1. Kenza says:

    Ils sont tous tellement beaux ! Le Melbourne tout particulièrement. Est-ce qu’il y a encore Obélix qui porte le fardeau du capitalisme sur Hosier ?

    • thelittlegirlinboots@gmail.com says:

      Il faudra que j’aille y faire un tour à l’occasion ! (Je suis dans mon neuvième mois de grossesse, la city me paraît trèèèèès loin pour le moment !) Mais il a certainement été remplacé depuis, tu ne crois pas ? C’est la beauté éphémère de cet art, sans la photo finalement, nous ne pourrions pas le capter plus de quelques semaines / mois… Un peu comme un papillon !

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