Les Australiens et le cinéma

L’autre jour, le Little Boy in Boots et moi on avait décidé de faire honneur à la météo et de rester enfermés à la maison à mater un DVD, en buvant un chocolat chaud (la maison est aussi isolée qu’une cabane de plage ouverte à tous vents, c’est une autre histoire). Bref, on insert Matrix dans le lecteur et là, le Little Boy me lance, l’air super fier :

« Matrix a été tourné en Australie ! »

« Ah ouais ? »

Moi qui avais cru pendant des années que Matrix était un bon vieux film américain pur jus, en fait il y a aussi du sang australien qui coule dans ses veines. Si si, je vous jure, ils ont tourné pendant cinq mois down under. Certaines scènes ont été filmées à Sydney et d’ailleurs, juste à la fin du premier épisode, on aperçoit vaguement le fameux pont, entre deux immeubles.

Et puis, autre détail, le gros méchant, l’agent Smith, est en fait un acteur australien, Hugo Weaving, que j’avais déjà croisé dans un autre film… dans un rôle un poil moins sérieux : Priscilla, folle du désert. C’est-à-dire que pour comprendre mon étonnement, il faut comparer ces deux images :

Ce fut le flash : on ne connait pas bien le cinéma australien, bien que la Fox ait installé des studios du côté de Sydney, et on a un peu tendance à résumer le paysage cinématographique anglophone au seul continent américain. Bref, pour le fun, je me suis dit que ce serait amusant de partager avec vous ces infos cruciales. Après tout, quoi de mieux qu’une soirée ciné pour comprendre la culture dans laquelle vous vivez peut-être déjà.

Ce que l’on sait du cinéma australien

Le Little Boy in Boots, quand il habitait en France ou en Suisse, se retrouvait toujours, à un moment ou à un autre, à répondre des goûts cinématographiques australiens. Ou plutôt de ce que les Européens ont retenu du cinéma australien (oui, ça fait une sacré différence.) Je revois donc mon homme dans le salon chez mes parents, assis à côté de mon père, qui essayait de lui faire plaisir en mettant des films « bien de chez toi » à la télé.

Australia (2008)

« Euh, Bernard, Australia, c’est un film américain sur l’Australie et le pays tout entier l’a détesté. »

Après ça, tu peux difficilement enchaîner. Bon, mon père a tout de même mis le film, que le Little Boy a patiemment regardé, jusqu’à ce que ma mère s’exclame, devant la scène du mariage : « Eh, mais ils boivent leur bière directement à la bouteille ! » Et s’en est suivie une discussion sur les us et coutumes franco-australien 1) lors des mariages 2) autour de la bière.

Crocodile Dundee (1986)

A cause de lui, tout le monde me demande si ma vie n’est pas trop compliquée à Melbourne avec les crocodiles du jardin. *soupir*

PS : les femmes australiennes ne portent pas toutes des maillots une pièce-string. Par contre la coupe mulet est toujours à la mode de par chez nous.

Mad Max

Là, on n’y a pas coupé, mon père nous a passé toute la série. Il était hyper content de voir « la vraie Australie ».

Les films australiens à voir absolument (d’après le Little Boy)

Chopper (2000)

Premier film que mon cher et tendre a voulu me montrer sur l’Australie, une histoire de gangster en prison puis à l’air libre. Ça sent bon l’argot de Melbourne, le sang qui gicle, les règlements de compte. La question que je me suis posée à l’époque :

« Où est-ce que j’ai atterri ? » (C’était juste après le « Je ne comprends que dalle… Je lui dis ou pas ? »)

Il faudrait parler de la fascination des Australiens pour les criminels. (Ça remonte.) Mais ici, Chopper, qui est une personne réelle, il faut le rappeler, est plutôt bien apprécié, parce que, tu comprends, c’est un criminel qui fait la peau à d’autres criminels. Et puis ses tatouages sont d’enfer. Et il a des répliques cultes, du genre :

  • « Je suis juste un putain de mec normal. Un mec normal qui aime bien un peu de torture. »
  • « C’est pas si grave. Tu vois, c’est genre… Si ta mère te fout un coup de couteau, qu’est-ce tu fais ? Bah tu t’énerves pas. Tu t’énerves pas, tu fais genre “Merde, Maman m’a foutu un coup de couteau, faut que j’aille à l’hosto”. »

Tout un poème, je vous dis.

Wolf Creek (2005)

Bon là je ne m’appesantirai pas, parce que ce film-ci était tellement horrible, violent et malsain, que je n’ai pas réussi à le finir !! Mais si vous aimez les scènes de torture, de viol et d’angoisse totale sur fond de désert australien, c’est le film idéal.

Mon conseil : évitez de le mater la veille d’un départ pour l’outback. Surtout quand vous êtes une fille. Je dis ça, je ne dis rien…

Priscilla, folle du désert (1994)

La question que l’on s’est posé en regardant l’agent Smith, c’est si Priscilla avait lancé la carrière de Hugo Weaving. Parce que tout de même, il fallait oser : l’histoire de trois copains qui partent dans l’outback (ouf, ils ne croisent pas le type de Wolf Creek !) avec un bus qu’ils repeignent en rose, pour proposer des spectacles de transformistes, disons que c’est osé, que ça pourrait basculer dans la grosse farce et que PAS DU TOUT. C’est un très beau film, porté par des acteurs qui ne tombent jamais dans le mauvais goût et on est entraîné dans leur parcours improbable à travers les routes du désert.

The Castle (1997)

Le titre de cette oeuvre d’art (!) a été traduit en français par « Une Maison de rêve », qui ne rend pas du tout justice au décalage tragicomique du titre australien. Le Château, c’est une maison comme on en voit pas mal par ici, faite de bric et de broc, qui tient plus ou moins debout, mais qui contient tous les souvenirs d’une famille ouvrière. Dans leur vie, il ne se passe pas grand-chose, ce sont des gens simples, qui se réveillent un matin pour faire face à une expropriation.

Les citations de ce film sont cultes, elles reflètent une certaine médiocrité, mais sans jamais juger les personnages. On rit (d’eux, évidemment), sans méchanceté, car eux-mêmes ne sont jamais mauvais :

  • « – Dale a creusé un trou. Dis-leur, Dale. – J’ai creusé un trou. »
  • « – Eh bien, bonjour ! Comment ça va, toi ? Wahou. Comment tu appelles ça ? – Du poulet. – Et il y a un truc à mettre dessus ! – De la sauce. – De la sauce ! C’est comme si on avait marqué un but ! »
  • « Papa ! J’ai recreusé un trou ! »

Hors contexte, on dirait du Beckett, mais promis, ce n’est pas un film d’auteur. Il représente assez bien la simplicité de la société australienne, et qui au final renvoie à la bonhommie de beaucoup d’individus dans le monde, aspirant seulement à un peu de tranquillité, chez eux, dans leur jardin.

Rabbit-Proof Fence (2002)

Un très beau film sur les relations entre les Aborigènes et les Australiens en provenance d’Europe, dans les années trente. A l’époque, les enfants issus d’une relation entre une femme aborigène et un homme blanc étaient retirés à leur mère et placés dans des camps à plusieurs milliers de kilomètres de là où ils avaient grandi. Un chapitre sombre de l’histoire australienne. Le film retrace l’histoire (vraie) de deux petites filles, qui parviennent à s’échapper et à rejoindre leur mère en marchant à travers le désert sur 2400 kilomètres. Un exploit qu’elles reproduiront plusieurs fois.

Rabbit-Proof Fence, c’est la barrière que les Australiens ont construit à l’ouest du pays pour empêcher la propagation des lapins, introduits dans le pays par « erreur » et qui détruisirent des centaines de plantes locales. Elle représente un espoir pour ces deux filles, mais aussi tous les obstacles qui se dressent entre elles et leur famille. Un film déchirant, mais qui sonne juste, notamment parce que la « question aborigène » n’est toujours pas réglée.

The Wog Boy (2000)

Je ne sais pas si c’est un « must see », mais j’avoue avoir ri devant cette grosse comédie qui aborde la question des relations entre les communautés à Melbourne. Le héros est un « wog », mot d’argot qui désigne les immigrants et fils d’immigrants en provenance de Grèce, et on est dans la caricature la plus totale. Cela dit, comme toujours dans la comédie, il y a des choses à retenir dans ce film : la place des enfants d’immigrés, leur intégration dans une société soit-disant british, les préjugés des Australiens d’origine britannique (eh oui ! on en reparlera.).

Mon conseil : A éviter le soir d’un date (à moins de faire un crash test), mais ça passe bien un vendredi soir après une semaine bien pourrie au boulot.

Bonus : On retrouve des acteurs de Chopper dans cette oeuvre d’art.

Looking for Alibrandi (2000)

Un autre film qui aborde la question des immigrants provenant du pourtour méditerranéen, mais dans un autre genre : Josie, d’origine italienne, termine le lycée à un moment de sa vie où les questions sur son identité, italo-australienne, se bousculent. C’est un beau film sur l’adolescence, l’amour et l’amitié, mais aussi sur la migration et la construction d’une image de soi, entre deux cultures.


Alors, vous pensez regarder lequel ?

Cet article m’a en tout cas donné envie de vous en dire plus sur l’Australie et le cinéma. D’autres posts à venir !

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *