L’Obsession du « Corpore sano »

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’un mal typiquement melbournien (oui je crée des mots, je fais vivre la langue, Madame / Monsieur) : l’obsession que certaines personnes développent concernant leur bonne santé.

Vous allez me dire, « Mais tu n’es jamais contente, la dernière fois que tu nous as parlé de nourriture, tu nous as brossé un portrait pas possible des portions australiennes ! ».

Certes. Mais l’obsession pour des portions plus que généreuses (mais attention, on n’est pas non plus aux Etats-Unis !) a un pendant qui personnellement me fait bien marrer et dont j’avais envie de parler.

Je répète simplement un fait : en Australie, le taux de personnes en surpoids est loin d’avoisiner nos voisins outre-Pacifique, mais il est plutôt consistant et surtout il est en augmentation. Par conséquent, il génère une contre-réaction fascinante : l’amour de la cuisse ferme, des abdos dessinés et du ventre plat.

« Comme partout ! » allez-vous me dire.

Disons qu’ils ont passé un cap. C’est la lecture de cet article de Urban List Melbourne qui m’a décidée à rédiger cet article qui me chatouille le clavier depuis mon arrivée.

Un corps sain dans un corps sain

L’Australien moyen ne vous parlera certainement pas du dernier roman qu’il a dévoré, ni même de la super expo qui révolutionne la vision de l’art virtuel (quoi que, on verra que le hipster moyen, lui, lit et va à des expos), mais vous rencontrerez très facilement quelqu’un qui va à la GYM. Genre tout le temps. Et qui le met sur Facebook, le tweet et poste des selfies avec son smoothie santé préféré.

Levez la main tous ceux qui vont à la salle de sport en France. … Voilà, on n’est pas très très nombreux. (Même si cela tend à se développer, je ne nie pas.) D’ailleurs, ça se voit sur le sable chaud en été. Mon Australien de mari, lui, estime que ses compatriotes et lui-même se doivent d’avoir des abdos en béton armé parce que « tu comprends on va plus souvent à la plage ».

Mouais.

The Little Girl in Boots vivre en Australie gym bonne santé obsession santé Australie Melbourne

On va dire que les deux, là, vont suffisamment à la gym avant d’aller à la plage.^^

Avant de rencontrer le Little Boy, je n’avais JAMAIS soulevé de la fonte pour le plaisir. J’avais fait de la course à pied, de la danse, de l’équitation… Une tentative de basket ball qui avait vite tourné court. La salle de sport, je la pensais réservée à une sorte d’élite du sport, les pros ou les amoureux de leur petite personne, qui aiment à aiguiser leurs biceps tout en s’admirant dans la glace. (Oui, j’ai des clichés pourris sur le sport, jetez-moi la première pierre.)

En Australie, que nenni ! Je constate chaque jour que des personnes qui seraient trèèèèès certainement non sportives (voire ANTI-sport) s’ils étaient Français ont un forfait à la salle du coin, voient un coach privé ET boivent des shakes protéinés. D’ailleurs, on en trouve partout, j’ai même vu un distributeur automatique de poudre créatrice de plaques de chocolat en plein centre de Melbourne. Et ça, c’est bien LE truc que je pensais réservé à Arnold Schwarzenegger, dans ses meilleures années. Ici, le père de famille (pourtant un peu flasque sur les bords) boit son shake après sa séance de gym quotidienne, il a l’impression d’oeuvrer pour son petit corps. Personnellement, je me méfierais de cette potion magique, on va encore nous dire dans 20 ans que les industriels mettaient des os de koalas dedans et que c’est hautement cancérigène.


Mention spéciale pour la publicité qui passe sur la station de radio Triple M : « The Man Shake », une boisson réservée aux hommes qui veulent perdre du bide « sans renoncer à la bière ». Oui, vous avez bien lu. Et si vous êtes familier avec la fréquence des publicités dans les médias en Australie, autant vous dire que le message passe toutes les dix minutes, vous avez bien le temps d’imprimer que grand Dieu oui j’ai bien besoin de cela pour éliminer la séance TV-bière-chips de samedi prochain (c’est la finale du footy). Plus sérieusement, allez donc jeter un oeil sur le site du produit, c’est juste à mourir de rire. Visiblement, dans UNE portion de Man Shake, il y a l’équivalent en protéines de 70 oeufs. Parce qu’on a tous besoin d’avaler la moitié d’une basse-cour pour bien entamer la journée.

Bonus : la chaîne Youtube du créateur de la marque, Adam MacDougall, qui vous promet monts et merveilles. Ma vidéo favorite : « Comment manger des cochonneries peut en réalité vous aider à perdre du poids ».


Mais revenons à nos moutons. Donc l’Australien moyen va à la gym (c’est ouvert 24h/24 et 7 jours sur 7, juste au cas où une envie de pompes te prendrait à 3 heures du matin) et boit des shakes. C’est culturel, visiblement l’industrie des compléments alimentaires a bien oeuvré ces trente dernières années, puisque tout le monde prend des vitamines aussi (et mange des graines : on trouve du quinoa partout).

« La nature est un temple », disait Baudelaire

Cela dit, certains, à Melbourne, ont passé un cap. On ne compte plus les endroits où on vous sert des smoothies « santé », les super food du type avocat sont cuisinés à toutes les sauces, on vous vend des cours de yoga dans l’herbe pour communier avec la nature, des retraites hors de prix dans les montagnes avoisinantes, les cours de préparation à la naissance étiquetés « sophrologie », pour annuler la douleur. Le marché de la santé est ultra porteur, nous sommes absolument assaillis de publicités en tout genre à la télévision, sur internet, dans notre boîte aux lettres.

Bref, on ne peut pas y échapper.

« Chéri, j’ai mangé une crêpe à midi, tu penses qu’il faut que j’arrête les féculents pendant quelques jours, pour que mon corps se remette du choc ? Non parce que c’était bon et ça avait été cuisiné avec du vrai beurre, pas du 0% ! »

Vade retro, satanas.

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Il faut suivre les lois de la nature, manger des oeufs bios, du kale parce que c’est bon pour toi (visiblement personne ne se demande si c’est bon pour tes papilles), et puis surtout faire pleeeeeeiiiiiinn de sport pour correspondre à cet idéal inatteignable de femme / homme svelte et fort. Bon, je n’ai pas totalement compris en quoi boire des shakes était compatible avec la tendance vegan, mais il doit y avoir des subtilités lost in translation.

Rien que d’y penser, ça me donne envie de mordre dans un doughnut tout en m’installant dans un hamac.

Tout le monde au régime sec !

J’ai lu ce matin sur le site de la SBS (si vous me suivez sur Facebook, vous savez à quel point j’adore partager leurs articles !) qu’un Australien sur trois suit un régime alimentaire sans viande / laitage / gluten. Les journalistes de ce même média publiaient il y a quelques semaines un démenti sur les bienfaits des régimes sans gluten quand on n’a pas été diagnostiqué par un médecin. Bref, un Australien sur trois a fait des choix en matière de régime alimentaire qui ferait pâlir n’importe quel chef cuisinier en terre française, en majorité pour des raisons de bonne santé (ou plutôt ce qu’il a lu sur Facebook la semaine passée et qui lui disait d’arrêter les bananes, parce que c’est mauvais pour toi. Ok, j’arrête l’ironie mordante…)

Je vous le dis tout net, celui qui me fera manger un truc juste parce que c’est bon pour moi et pas parce que c’est bon tout court, n’est pas encore né. (Plus Frenchie tu meurs.)

Ces trois options (végétarien, sans gluten et sans lait) sont hyper courantes dans les restaurants et les cafés en Australie (alors qu’à l’inverse, demandez un café au lait de soja à Nogent-Le-Rotrou, je pense que le serveur va vous ramener un espresso en vous conseillant de ne pas consommer de lait du tout et d’arrêter de l’em*$%£, y en a qui bossent ici). Le mouvement hipster, très en vogue dans des quartiers de Melbourne comme Richmond ou Fitzroy, a beaucoup aidé à le démocratiser.

Le bon côté des choses : la population australienne est plus ouverte aux différences alimentaires des uns et des autres. Personne ne vous regardera de travers parce que vous ne mangez pas de viande. (J’ai encore souvenir d’un collègue hindou du Little Boy in Boots dans une brasserie lyonnaise… il n’y avait absolument RIEN qu’il puisse manger dans ce restaurant.) C’est tout de même chouette de pouvoir dire « Je suis allergique au gluten, avez-vous quelque chose à me mettre sous la dent ? » et de recevoir une réponse positive (avec le sourire).

Le mauvais côté des choses : ça devient du grand n’importe quoi. Une vraie obsession. Limite vous vous sentez mal de commander un capuccino « normal », avec du lait de vache et du sucre. (« Raffiné ou non raffiné ? » Bah du juste sucre quoi…) Trop pas IN, franchement. Pareil, le sans gluten est PARTOUT, même au fond du bush. (Eh oui, l’argument pèse lourd… en dollars australiens !)

Je ne peux m’empêcher de penser à cette scène loufoque avec le vendeur de glace d’un bled paumé au nord de Ballarat :

« Vous pouvez y aller, c’est sans gluten ! »

Moi, naïve : « Ah ouais ? Comment on fait de la glace sans gluten ? »

Lui, hilare: « On fait de la glace normalement. Mais si je mets une étiquette « sans gluten », j’en vends plus. »

Bref, c’est devenu un argument commercial (comme en France ces produits sont plus chers) et  on peut s’en inquiéter car les bienfaits sur la santé sont visiblement contestables (à part évidemment si vous êtes allergique à la chose). A mon sens, cette tendance prend racine dans une peur caractéristique d’un pays riche occidental, où les habitants ont – et c’est tant mieux ! – évacué les soucis primaires liés à la survie. Une société où le risque est sans cesse calculé et analysé pour être réduit au maximum (on en reparlera mais j’ai remarqué qu’ici on trouve des panneaux dans la rue « Attention à la marche » à certains passages piéton, comme s’il fallait prévenir les gens qu’un trottoir puisse contenir une marche… Si ça n’est pas caractéristique d’une société ultra protectrice, je ne sais pas ce que c’est !). Donc en contrôlant ce que je mange, ce que je bois (des smoothies verts de préférence, c’est bon pour la détox), et en allant autant que possible à la gym, je réduis très certainement mes « chances » d’avoir un jour un cancer quelconque, une maladie grave, qui sait Alzheimer ?

Il serait peut-être temps de me mettre au muesli le matin, arrosé d’un petit smoothie aux algues avant d’aller courir 10 km. Après tout, on ne sait jamais.
Plan B : le doughnut.

 

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