Non, l’Australie ce n’est pas l’Amérique !

Si vous nous suivez sur Facebook (Comment, vous n’avez pas encore cliqué sur bouton « J’aime » de The Little Girl in Boots et vous manquez toutes les mises à jour passionnantes que permet ce réseau social ?!), vous êtes tout à fait au courant des derniers potins : le Little Boy in Boots et moi-même sommes sur le retour d’un périple en Amérique du Nord, pour lequel nous avons dû faire un peu plus de trente heures d’avion (aaaah) dont un vol d’environ 1000 minutes (ne me demandez pas comment ni pourquoi j’ai eu le vice de faire ce calcul proprement déprimant). Pour lire l’article sur le sujet, allez donc jeter un oeil par ici !

Ce voyage a été l’occasion pour moi d’apprécier avec un peu plus d’acuité les différences qui animent le monde anglo-saxon, que l’on a un peu tendance à regrouper sous un même terme, alors qu’il revêt d’infinies nuances.

Mais commençons par le commencement : le jour où j’ai annoncé à mes amis européens que j’allais déménager en Australie (les articles sur cette grande aventure, par !). Leurs réactions, de l’excitation à l’horreur (« Quoi, mais tu pars tellement loin, c’est fini, on ne te verra plus jamais !! »), n’ont évidemment pas été faciles à gérer (parents déconfits, soeur effondrée, copines mitigées), et je me souviens encore de cette remarque qui m’avait un peu désarçonnée :

« Ah, l’Australie, c’est comme les Etats-Unis, mais en plus loin, non ? »

Le Little Boy in Boots, présent dans la salle, avait eu un regard horrifié :

« Mais pas du tout ! »

C’est un peu comme dire à un Belge francophone que la Belgique et la France c’est du pareil au même. Au mieux, vous essuyez un sourire (poli) de malaise, au pire le Belge vous donnera une leçon d’histoire. Et il aurait bien raison ! Bref, aujourd’hui j’ai bien envie de partager avec vous les points communs et les différences qui existent entre tous ces pays qui parlent une langue commune et partagent certains traits culturels… mais qui sont tous bien différents !

Certes…

Le Canada, les Etats-Unis et l’Australie partagent un point commun impossible à négliger et qui semble a priori autoriser les parallèles : ce sont des pays tout neufs. Nés il y a moins de 300 ans, ces géants du monde d’aujourd’hui (ils se trouvent tous les trois dans le top 6 des plus grands pays du monde en terme de surface) partagent la fraîcheur de nations qui se sont construites en peu de temps et avec une efficacité remarquable. Il n’y a qu’à regarder leur PIB par habitant. Ce sont des pays dits « riches », où l’accès à un travail, à un logement, à l’éducation, au système de soins (on pourrait certainement émettre un bémol quant aux Etats-Unis sur le sujet, avec environ 13% d’Américains n’ayant pas les moyens de souscrire une assurance maladie et donc de se soigner) est relativement homogène.

Ils partagent aussi des difficultés propres à leur taille et à leur jeunesse. Il n’y a qu’à voir le réseau d’infrastructures dont ils disposent pour couvrir leur territoire : les routes américaines, canadiennes et australiennes font face à un challenge énorme, leur entretien. Le réseau est tellement grand que les impôts ne suffisent pas toujours à financer le tout. Il n’y a qu’à voir le nombre de routes non pavées que l’on a pu suivre pendant ce voyage ! En Australie, même combat, votre GPS est tout à fait apte à vous faire traverser la campagne sur des gravillons (et des nids de poule de la taille d’un émeu). Vous avouerez que c’est extrêmement rare en Europe, où le réseau est relativement bien entretenu et surtout dense. Pour le train, même problème : en Australie, un trajet Melbourne – Sydney est un périple (les rails ne sont pas écartés de la même façon dans le Victoria et en Nouvelle-Galle-du-sud, croyez-le ou pas !), tandis qu’au Canada, la ligne passager qui relie la côte est à la côte ouest est interrompue régulièrement dans les zones moins peuplées ! Seuls les trains de marchandise circulent sur certaines portions, notamment dans le Saskatchewan, situé au coeur du pays. Bref, ces trois géants reposent essentiellement sur l’utilisation de l’avion, bien plus adapté aux longues distances. Tout est une question d’échelle.

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La ligne de train qui traverse le Saskatchewan pour récolter la production de céréales (Canada).

Pour entrer dans des détails plus croustillants, qui me font bien rire (c’est déjà ça) tous les trois adorent boire du café dans un pot en carton (les Australiens un peu moins tout de même), conduire de grosses voitures bien polluantes (« un V8 ou rien ! »), manger des steaks de la taille d’une vache, porter un chapeau de cowboy dans les zones rurales, manger dans des fastfoods, aller à la gym pour avoir l’air super musclé, boire des boissons protéinées pour accomplir cet objectif ultime (un autre article sur le sujet par ici !), croire que tout le monde parle anglais couramment et que les émissions qu’ils regardent à la télé sont sur tous les écrans du globe.

« Quoi, tu n’as jamais regardé le show d’Oprah Winfrey ?! » (Regard désabusé signifiant : « Sors de ta campagne, tu es mormone et tu n’as pas la télé ou quoi ? »)

Sans rancune, on ne leur en veut pas ! (Sauf peut-être d’être dans les pays les plus polluants du monde, ça tout de même il faudrait que cela change.)

Mais…

Il ne faut pas se laisser berner par les apparences. Si les Australiens, Canadiens et Américains partagent une même langue, un certain goût pour l’entreprenariat et le libéralisme, ils diffèrent largement sur la façon de mettre en place leurs différentes valeurs.

1. Le rapport à l’autre

La première de toutes : le rapport à l’autre. Expression qui revêt des aspects en apparence très divers de la société et du quotidien, et qui de fait ont une importance énorme.

Comment traiter l’autre, celui que je ne connais pas ?

Le passage des frontières est en cela très instructif. Au moment de parler avec un douanier, qui vous posera dans les trois pays les mêmes questions (« Où allez-vous, Pour quoi faire, Avec qui »), il y a la version australienne et canadienne : le sourire, un « Good day » et ça repart. En revanche, aux Etats-Unis, on est brutalement confronté à ce que j’appelle le « play taugh, play raugh ». C’est d’autant plus agaçant que vous avez fait 15 heures d’affilée dans un coucou au-dessus du Pacifique et que vous voulez 1) une douche 2) dormir et non pas vous justifier sur les raisons touristiques qui vous ont amené là.

« Excusez-moi d’être venue / de m’intéresser à votre beau pays / de me présenter à vous de si bon matin » (il était 6 heures). Limite tu as envie de repartir illico presto.

Dans la version américaine, le type est à peine poli, prend une photo de ta trombine épuisée par le vol ainsi que tes empreintes à chaque passage de la frontière, comme un bandit de grand chemin, en omettant le bonjour / au revoir / bon voyage aux Etats-Unis aux moments habituels. On ne rigole pas avec l’arrivée sur le territoire. Même si vous avez un casier judiciaire vierge.

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Los Angeles, Califonie (USA).

Ces deux attitudes sont représentatives de l’ambiance au quotidien dans ces trois pays. Autant au Canada et en Australie, les gens sont relativement détendus et optimistes, autant on ressent une certaine méfiance (pour ne pas dire paranoïa) qui plane dans les rues de Los Angeles ou de New York (je n’ai JAMAIS vu autant de policiers ou d’agents de sécurité de ma vie que là-bas), une tension qu’alimente très certainement le fossé existant entre les plus pauvres et les plus riches (downtown LA étant certainement le « meilleur » exemple de cette situation très difficile qui vient se superposer à des clivages « raciaux »). Au Canada et en Australie, rien de tout cela. Certes, il y a des SDF, des gens qui ont du mal à finir les fins de mois, de la violence, comme dans tout pays, mais pas de misère rampante, visible, révoltante, à tous les coins de rue. Les sociétés canadiennes et australiennes, avec leur système de santé universel (entre autres choses), prennent très au sérieux le care. Vous vous rappelez, ce concept qu’Obama a essayé d’introduire dans son pays et qui avait tant divisé ? Cela peut sembler un détail, mais c’est essentiel.

2. Armés jusqu’aux dents ?

Les sociétés canadiennes et australiennes sont beaucoup plus calmes, la violence n’y est pas une valeur. Il n’y a qu’à comparer la version américaine et australienne de « Cops », une émission de télé réalité qui suit des policiers dans leur quotidien. Les Australiens passent les deux programmes l’un à la suite de l’autre (et ce montage est juste hilarant tant les différences sont énormes). Pour résumer, cela donne quelque chose d’approchant :

Version US

Le Cop, tenant le « criminel » en joue (90% du temps un afro-américain) : « Baisse ton arme !! Baisse ton ARME J’T’DIS !!! Mets-toi sur le sol. MAINTENANT ! Ou je tire !! »

Le monsieur qui était juste sorti faire ses courses un peu tard le soir, face contre terre, une bouteille à la main (c’est l’arme) : « Ok ok ! »

Le Cop, hurlant : « TU VAS ALLER EN CELLULE CE SOIR ! Quand je te dis de te mettre à terre, tu obéis !! »

Vous ressortez de cette émission complètement stressé, en sueur, en vous promettant que pendant vos vacances à Los Angeles vous ne vous promènerez pas avec une bouteille en verre dans la rue. On ne sait jamais.

Version australienne

Le Cop, arrêtant un véhicule : « Good day, mate. Tu as consommé de l’alcool aujourd’hui ? »

Le monsieur qui a arrêté son ute (une sorte de pick-up) : « Non non… »

Il fait le test, qui s’avère positif.

Le Cop, hochant la tête : « Aaah, sorry mate, tu es au-dessus de la limite. »

Le monsieur, un peu défait : « Je suis désolé Monsieur le policier. »

Je n’exagère pas. Les types ne discutent pas, ils sont pris la main dans le sac, ils assument. Sidérant. (La version française de Cops donne en général à voir des pleurnichards qui sortent tout un éventail d’excuses bidon aux gendarmes ou des énervés du bulbe qui n’hésitent pas à les violenter. Soupir.) Là, pas un mot plus haut que l’autre. Une fois pris sur le fait, le contrevenant ne discute pas l’amende (pourtant salée), il n’insulte pas le cameraman ou n’essaie de se trouver des circonstances atténuantes (« Jean-Yves m’a fait boire contre mon gré, M’sieur l’agent. »). Fin de l’histoire, on passe à la suivante, Mary, trois enfants, qui a pris de la drogue pour les conduire à l’école (on n’est pas non plus au pays des bisounours).

De deux choses l’une : soit l’Australien est placide (spoiler alert : c’est le cas), soit l’émission est filmée et scénarisée de façon TRES différente.

Il faut aussi simplement préciser une chose : l’Australie n’a pas d’armes en vente libre (le Canada non plus d’ailleurs). Ça détend drôlement les policiers. Il n’y a pas ce fameux « droit » à porter une arme à tout instant dans son sac à main, qui personnellement me fait froid dans le dos. Depuis le dernier massacre perpétré avec des armes à feu en 1996 à Port Arthur, le gouvernement australien a demandé à ses concitoyens de venir les rendre. Et devinez quoi, ils l’ont fait. Résultat des courses, il n’y a pas cette idée de se faire justice soi-même, ni l’angoisse que Jean-Claude qui habite au bout de la rue pourrait un matin péter un cable pour vous refaire le portrait parce que vous n’avez pas répondu favorablement à sa requête concernant la clôture mitoyenne entre vos deux jardins. Je n’ai pas peur d’envoyer mes enfants à l’école.

« They will be all right. »

Si vous voulez rire un bon coup en écoutant le point de vue d’un Australien sur la politique des armes à feu aux Etats-Unis et en Australie, je vous conseille vivement cette vidéo hilarante de Jim Jefferies.

3. Bigger is better?

Dernier élément qui nous a frappé avec le Little Boy, et qui n’est pas sans lien avec tout ce qui précède : le fameux « Bigger is better ». Si vous voulez mon avis, bigger is dumber, mais visiblement cette idée n’a pas fait son chemin en Amérique du nord. Bref, tout est GROS. Les gens, les voitures, le café que vous commandez pour ensuite le mettre dans un pot en carton.

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Los Olivos, Californie (USA)

Et honnêtement je crois que c’est lié à cette mentalité qui veut que l’on essaie d’impressionner son voisin (« Je suis plus fort que toi, regarde ma grosse maison avec sept salles de bain. »), dans une société qui se nourrit d’une forme de compétition permanente.

Cela me fatigue d’avance.

Les effets « Supersize me » n’ont pas encore eu de répercussions flagrantes et la petite Européenne que je suis reste sans voix face à cet étalage un peu incongru. On ne vise pas la qualité, en Amérique, mais la quantité.

Or en Australie, point du tout. Exemple : Starbucks a un mal fou à s’implanter à Melbourne, car la qualité de leur café n’est pas à la hauteur des petits cafés des laneways. L’Australien, qui a bien profité de l’arrivée des Grecs et des Italiens dans les années 1950-1960, ne remplacerait son délicieux café « maison » pour rien au monde ! Et c’est tant mieux, car quand on lit que Melbourne a le meilleur café du monde, je crois bien qu’ils n’exagèrent pas.

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Starbucks in LA (USA).

C’est vrai qu’en apparence, les voitures sont plus grosses en Australie qu’en Europe, mais très rapidement vous comprenez pourquoi (l’état des routes et la durée des trajets vous font reconsidérer la Twingo). C’est vrai qu’ils aiment bien les grosses portions au pub du coin. Mais pas au point de nos amis nord-américains.

Je me souviens encore du Little Boy in Boots qui revenait d’une formation au travail, menée par un Américain très tape-à-l’oeil, évoquant le nombre de ses voitures hors de prix, l’argent sur son compte en banque, etc. Il avait fait un flop terrible à Melbourne. Cet étalage outrancier, signe de bonne santé financière et de vie réussie outre-Pacifique, n’avait pas trouvé son public down under.

C’est un fait : les Australiens n’aiment pas frimer. Il n’y a qu’à les voir en trackies (sorte de jogging immonde que vous n’oseriez pas porter devant votre mari après 20 ans de mariage) au supermarché du coin, vous avez déjà saisi qu’ils ne se prennent pas au sérieux. Certes, il y a des quartiers chics où l’argent n’est pas un problème, mais ce n’est pas un sujet de conversation. C’est ce qu’on appelle le « Tall Puppy Syndrom » : une culture où les élites sont peu considérées car elles tentent d’imposer au reste du groupe une hiérarchie (« Je suis meilleur que toi car j’ai une Ferrari »). Les Australiens, qui aiment à se représenter comme des fils et des filles de convicts (prisonniers), détestent ça. L’égalité, c’est sacré.

Si tu es riche, tant mieux pour toi, si tu ne l’es pas, c’est pas grave non plus, on peut aller boire une bière bien fraîche sur la plage, ça ne coûte rien (enfin, en la planquant dans un sac en papier, on n’a pas le droit de boire de l’alcool en public).


Et vous, avez-vous noté des différences entre l’Australie et les autres pays dits « anglo-saxons » ?

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