On marche sur la tête, ou comment s’habituer à l’inversion des saisons

Nous sommes aujourd’hui le 22 novembre, mes fils d’actualité Instagram et Facebook sont remplis à ras-bord de

  1. photos d’automne (et de poèmes de Verlaine).
  2. photos de pistes de ski enneigées.

Sauf que nous attendons l’été de pied ferme à Melbourne. C’est l’effet down under : la tête en bas, les pieds en l’air.

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Mes amis du grand nord (entendez par là qui habitent en Europe et autres Canada) s’apprêtent à célébrer l’arrivée de l’hiver et de la neige (coucou les Suédois qui postent déjà des images magiques de Stockholm sous un épais manteau blanc !), s’enfoncent dans le noir (les journées raccourcissent à vitesse grand V) et surtout peuvent manger de la raclette sans se priver puisqu’ils portent des pulls en laine XXL (spéciale dédicace à mes parents qui m’envoient des photos de leur dernière tartiflette environ tous les week-ends.).

Cherchez l’erreur : ici il faisait 35°C hier, toute la ville s’est retrouvée à la piscine et le Little Boy in Boots ne jure plus que par ses chères tongues.

Bienvenue dans l’hémisphère sud.

Une année bizarre

Vous le savez, cette année, le Little Boy et moi-même nous avons fait le grand saut (environ 17 000 km, on avait trouvé des bottes de 7 lieues plutôt efficaces). Notre avion décollait le 18 février de Paris-Charles-de-Gaulle, et nous sommes donc arrivés à la fin de l’été australien.

Bam, 30°C dans les dents.

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Bon, c’était plutôt plaisant. On a enfilé nos sandalettes et nos shorts, en voiture Simone ! C’est agréable d’avoir un break en plein milieu du froid. Jusque là, tout va donc très bien. Sauf qu’évidemment, nous n’avons pas tardé à nous enfoncer sous une épaisse couche de nuages. Alors certes, pas de neige ni de verglas à l’horizon (les Australiens nous en feraient une syncope : si vous n’avez pas lu l’article sur l’hiver à Melbourne, je vous le recommande chaleureusement) : mais une tendance à l’averse. Heureusement, en général la pluie laisse place au beau temps dans des délais rapides.

Le hic : il pleut à nouveau le lendemain. Et le surlendemain. Et le jour d’après aussi.

Juillet et Août n’ont pas été si mauvais avec nous, on apercevait un bout de ciel bleu de temps à autre. Mais depuis le mois de septembre et l’arrivée du printemps, aïe aïe aïe… On déguste. Cette année est particulièrement mauvaise et nous peinons à sortir du brouillard, des tempêtes (pour voir l’article sur le sujet, ici !) et cette pluie qui franchement ne nous lâche pas. Notre jardin potager s’est transformé en rizière.

Or quand on a déjà essuyé un automne et un hiver en France, puis l’automne et l’hiver en Australie, faites donc le compte, ça fait environ 10 mois de grisaille cumulés.

Vite, sauvez-nous.

(On a donc profité de deux jours de soleil pendant le week-end, un temps magnifique, et là paf on est obligés de mettre les phares en plein jour : 14°C et des trombes d’eau. POURQUOI ?)

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On nous aurait menti ?!

« Nan, mais c’est une mauvaise année », répète le Little Boy in Boots.

Le chat et moi, en mode boudeur : « Ouais ouais ». (Avec en arrière-pensée : « Remboursez ! On nous avait promis du soleil, des koalas et des cocktails bien frais à déguster au bord de la piscine, je ne vois rien de tout cela à l’horizon ! »)

A l’heure où j’écris ces lignes, je porte un polaire, un jean et des Uggs à l’intérieur d’une maison qui peine à afficher 17°C au compteur. L’été est censé commencer la semaine prochaine, je vous laisse apprécier. Mais allez, admettons, c’est une mauvaise année. 2017 a intérêt à être canon !

Confusions

Mais je n’ai pas pris mon clavier ce matin pour vous écrire une litanie sur la météo (quoique…), ce qui m’intéressait surtout, c’était de vous parler de l’étrange sensation que je vis en ce moment : un certain vertige dans l’appréhension du temps.

Chaque matin, quand j’attrape mon téléphone, je vois la date qui s’affiche en grand devant mes yeux. Et honnêtement, j’ai totalement perdu la notion de ce que le mois de novembre veut dire. Malgré les constants rappels de Facebook, mes amis qui se plaignent du froid mordant sur le chemin du travail et qui planifient leurs vacances dans les Alpes. Nous sommes tellement loin de tout cela, que la réalité de l’association novembre = hiver s’est soudain évanouie. Mais elle n’a été remplacée par rien. Je ne suis pas ici depuis assez longtemps pour que novembre soit synonyme d’été non plus. Je nage dans un entredeux, l’année s’écoule lentement, au jour le jour, alors que les mots perdent en quelque sorte leurs connotations. De la même manière, se réveiller un 14 juillet par 6°C n’avait aucun sens. Je dois confesser que c’est un phénomène particulièrement perturbant.

Et je ne vous parle même pas du chat qui avait entrepris de changer de pelage en avril, qui soudain a vu ses poils repousser en juin et qui à présent se demande si oui ou non il doit conserver son poil d’hiver !

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L’arrivée des papillons en plein mois de Novembre… Cherchez l’erreur.

Pour ajouter à ma confusion, le calendrier de l’année est tellement différent. Les saisons ne commencent pas aux solstices, mais au premier du mois ! Pour les Australiens, l’été commencera donc la semaine prochaine, le 1er décembre, tandis que les Français doivent attendre le 21 pour entamer l’hiver. Prenons les fêtes religieuses (certes moins présentes ici qu’en Europe, mais qui existent tout de même et rythment l’écoulement des saisons) : Pâques, qui chez nous marque le début des beaux jours, est ici synonyme d’entrée dans l’hiver ; Noël se fête en général par 30°C à l’ombre (mais on retrouve toute l’iconographie du « White Christmas », nostalgie d’un passé révolu pour une grande partie de la population australienne originaire d’Europe ?). Je reviendrai dans quelques semaines sur les fêtes de Noël ici, car il y a beaucoup à dire sur le sujet !

La liste des différences ne s’arrête pas là. Les jours fériés, évidemment, ne sont pas les mêmes. Les vacances scolaires non plus. La « grande » rentrée a lieu le 31 janvier, après les grandes vacances, qui commencent juste avant Noël. (Ce qui va être parfaitement ennuyeux quand nous aurons des enfants en âge d’aller à l’école : « Alors, qui a envie d’aller à Paris sous la pluie au mois de janvier prochain pendant les vacances ? » J’entends déjà leurs cris de joie à l’idée de ne pas aller construire des châteaux de sable blanc en plein cagnard.)

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Le Little Boy in Boots en pleine explication avec mon Frenchie de Papa en plein mois de février. Bizarre, vous avez dit bizarre ?

Ce n’est donc pas seulement la météo qui est affectée par cette inversion, mais tout un ensemble d’éléments qui secouent ma façon d’appréhender l’écoulement du temps. Je suis à présent « a summer baby » (un bébé d’été), car je suis née en février. Finies les moufles et les bonnets enveloppés dans les restes de papier cadeau de Noël : place au bikini. Les histoires de ma mère sur ma naissance (visiblement mon père et elle ont eu un peu de mal à atteindre l’hôpital à cause de la neige et de la glace) sonnent faux aux oreilles de ma belle-famille, qui s’exclame que c’est magnifique, la neige ! (Oui parce que quand tu n’en n’as jamais eu dans ton jardin, tu ne penses qu’aux bons côtés de la chose et pas au risque d’accoucher dans ton coffre.)

Décalages

Dernier point, certainement moins important, mais qui fait partie du quotidien des migrants qui, comme moi, sont toujours en contact avec leurs amis et leur famille restés au pays : les réactions de vos proches. Bon, on pourrait écrire un roman sur le sujet, et pas juste à propos des saisons. Mais laissez-moi vous dire que la nature humaine est rigolote comme tout.

Quand on est en hiver et eux en été, ils vous inondent de :

« Whouha, on vient d’arriver en Corse, il fait 35° et on prend l’apéro avec un saucisson démentiel !! On pense à toi, BISOUS ! »

Toi : (Soupir) Il fait 6° et il flotte, ET tu ne peux pas acheter de saucisson pour noyer ton malheur.

Pendant deux mois, préparez-vous à ne recevoir QUE des photos de Micheline et Jean-Yves à la plage, en short, avec des coups de soleil, en train de faire un road trip dans la Creuse ou ailleurs, parce qu’ils sont en plein été et profitent grave de l’existence. Toi tu patientes. Bah, oui, il pleut, il ne neige pas (et ne me parlez pas des trois flocons qui tombent sur les Alpes australiennes, c’est une insulte à quiconque a déjà skié en Suisse dans sa vie). Bref, tu commences à te passionner pour le macramé faute de mieux.

« Mais c’est pas grave, le printemps arrive bientôt. »

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Et quand tu entres (enfin) dans l’été :

La même personne : « La vache, j’ai vu que demain tu aurais 35° à Melbourne, comment vous avez trop de la chance !! Franchement, l’Australie c’est trop de la balle. Nous il fait toujours moche dans ce pays. »

Toi : (Soupir bis) Mais oui, on a droit nous aussi à un été ! Et c’était moins de la balle au mois d’août, je te rassure. A moins d’habiter le Queensland. (Problème : l’Européen n’a aucune idée du climat en Australie, des saisons dans le Victoria et du fait que le Queensland est juste UN PEU loin de chez moi. Donc autant parler à un mur !)

C’est amusant, puisque leur été est terminé et que l’hiver apporte avec lui son lot de blizzards en tout genre, l’Européen estime qu’il faudrait qu’il fasse moche partout sur le globe. Or, NON ! Héhé, c’est notre tour. (Rire satanique.)

Voilà, pour conclure cet article, j’appelle tous les habitants de l’hémisphère sud à la vengeance (enfin, quand le soleil pointera le bout de son nez) : bombardez vos comptes Facebook et Instagram de photos de plages idylliques, de cocktails de la taille d’une pastèque, de randonnées à couper le souffle avec des vues incroyables. Non mais.

Psst ! C’est à charge de revanche. Ne vous en faites pas, ils feront pareils l’an prochain ! (Et ils auront bien raison !)

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