Ouf, on a un gouvernement !

Vous en avez peut-être vaguement entendu parler, mais la semaine dernière (le 2 juillet 2016) les Australiens de tout poil étaient appelés aux urnes pour voter afin de renouveler les mandats des sièges de la Chambre des Représentants et du Sénat. Ça se passe tous les trois ans maximum, et cette fois-ci les élections ont été organisées à la demande des Libéraux (l’équivalent de notre Droite), qui étaient déjà majoritaires mais voulaient une majorité plus franche.

Comment ça vous êtes déjà perdus ?

Eh oui, en Australie, le calendrier électoral est relativement flexible, le mandat des représentants du peuple est de trois ans maximum, mais les élections peuvent être convoquées plus tôt si besoin. Le besoin étant déterminé dans le cas présent par le parti au pouvoir, il y a environ trois mois.

C’est simple, non ?

La routine électorale 

Le bon côté de la chose c’est que l’on a eu droit à une campagne électorale de seulement trois mois. Rien à voir avec le calendrier français qui commence à s’échauffer pour les Présidentielles de 2017, et surtout avec les pratiques américaines, qui sont en route avec ça depuis au moins un an (et ce n’est pas fini !). Au moins, en Australie, on ne vous gonfle pas outre-mesure.

Bon, évidemment, ça a été tout un bazar, comme vous pouvez l’imaginer : une campagne où chaque côté a bataillé sévère, envoyant des textos enflammés aux électeurs sur 1) des points du programme ami 2) les horreurs que le clan ennemi allait mettre en place si l’on votait pour eux (ce qui signifiait la destruction pure et simple du pays).

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Photo en provenance du site internet de la ABC 

A gauche de l’image, Turnbull (libéral), à droite Shorten (Travailliste)

Turnbull (Libéral, donc à Droite sur l’échiquier politique) était accusé de vouloir assassiner Medicare (la Sécurité Sociale) par manque d’empathie envers ses concitoyens moins fortunés (lui étant relativement aisé (euphémisme), il ferait partie de cette partie de la population australienne qui peut se payer une assurance privée et donc ne comprendrait pas l’intérêt d’un système de santé publique et gratuit).

Son rival, Shorten (Travailliste, plutôt à Gauche), était quant à lui accusé de laxisme, de faire couler le pays à grands coups de générosité mal placée (dans les écoles, le système de santé, les citoyens les plus fragiles…). Ça vous rappelle vaguement les débats Socialistes / UMP ? L’avantage c’est que l’on n’était pas trop dépaysé sur ce coup.

De la politique dans toute sa splendeur.

On ne pouvait pas y échapper. The Age, journal dit « de référence » à Melbourne, titrait tous les jours des articles sur le sujet (« Machin a dit ça, mais Truc a décidé de contrecarrer »), Facebook était totalement inondé d’opinions en tout genre (ah, les propos de bistro sur l’immigration !), la télévision régionale et nationale était absolument saturée. Comble du comble, regarder certaines émissions en français via You Tube ne vous offrait pas de porte de sortie : le monde politique australien est à la pointe de la technologie et toutes les sept minutes, le programme s’interrompait pour annoncer l’apocalypse.

Exemple de publicité du parti travailliste

Marrant, ce genre d’attaques directes. Dans le paysage politique français, les publicités des partis n’attaquent pas l’ennemi de front, mais sont censés évoquer leur propre programme. (Ça, c’est la théorie.) A la limite, pourquoi pas, mais je ne suis pas certaine que cela élève le niveau !

Le D-day

Le samedi matin, donc, le Little Boy in Boots était au garde-à-vous pour aller remplir son devoir (en vrai une feuille de papier tellement longue qu’elle ne tenait pas dans l’isoloir). De toute façon il n’avait pas le choix car dans ce beau pays le vote est obligatoire. Il s’est donc rendu à l’école primaire la plus proche vers neuf heures du matin, a déposé son avis dans l’urne et est rentré sagement à la maison une demie heure plus tard. Efficace.

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Photo en provenance du site internet du Collie Mail

On a découvert par la suite qu’il avait été relativement chanceux sur ce coup-là, car dans certaines circonscriptions, l’accès aux isoloirs a été beaucoup plus difficile. A en croire les longues files d’attente devant les bâtiments réquisitionnés, certains y ont passé un temps plus que long. Du coup, cela a échauffé les esprits et un militant vert a mordu un autre militant, libéral cette fois. Un excès de zèle, certainement.

Vous pouvez lire le résumé de cette affaire ici.

S’en est suivi un week-end de pronostiques en tous genres. Comme partout dans le monde, les journalistes ont ergoté pendant des heures, interviewé des électeurs à la sortie des bureaux de vote, fait des graphiques, interrogé les leaders et leurs assistants. Un beau bazar, mais un bazar relativement habituel où les gens échangeaient des opinions, annonçaient des victoires, pleuraient une défaite à venir. La routine.

De mon côté, j’essayais péniblement de comprendre le principe. Il y avait un point, par exemple, qui me chatouillait : les Australiens élisent leurs représentants à partir de multiples partis (même qu’ils ont un Sex Party, si si… ) mais honnêtement on n’entend parler que des Libéraux et des Travaillistes. Si bien qu’au départ j’avais compris qu’on était dans un système duel à l’Américaine. Et en fait non. Si tu veux, tu peux voter pour les Verts. Mais au final ce sera quand même Libéral ou Travailliste. (Vous sentez le moment de flottement ?)

La semaine la plus longue

Et là, dimanche 3 juillet, échec : ils n’arrivaient pas à déterminer qui avait gagné.

« On fait quoi maintenant ? »

Résultats des courses, sans majorité claire, on était un peu en échec : il n’était pas possible de former un gouvernement.

« Pas grave, disaient certains, l’Australie peut se passer de gouvernement pendant un temps, regardez les Belges ! »

No worries, comme on dit ici. (Relax Max, de par chez nous.)

Il a fallu huit jours pour déterminer le vainqueur de ce tournoi un peu ubuesque : ce sera finalement Turnbull. A l’heure où j’écris ces lignes, les Libéraux ont remporté 74 sièges, tandis que les Travaillistes en récupèrent 66. Mais cinq sièges restent à pourvoir (il y a des types toujours en train de compter quelque part dans le bush). Je ne veux pas faire ma radine, mais la majorité n’est pas énormissime et le coup de poker de Turnbull, qui a appelé aux urnes pour obtenir plus de poids, semble tomber légèrement à l’eau.

Mais sans rancune. On remet ça dans trois ans ?


Pour suivre les résultats en direct de ce feuilleton palpitant, regardez ici !

Si vous en avez votre claque de ce sujet et que vous voulez découvrir la créativité australienne en matière de bulletin électoral, vous pouvez admirer les gribouillis de ceux qui s’ennuyaient dans l’isoloir, . Mention spéciale pour celui qui commande un kebab en plein milieu !

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