Représenter son pays quand on vit à l’étranger

Différents faits divers, ces derniers temps, m’ont fait me poser des questions sur la représentation de la France dans un pays comme l’Australie. Les gens que je côtoie ont en général une très bonne image de la France. Ils aiment à véhiculer des clichés sympathiques : la baguette de pain, les T-shirts à rayures horizontales, les bérets et un accent à faire craquer n’importe quel Australien ayant déjà visité Paris. C’est certainement la phrase que j’entends le plus régulièrement :

« Wahou, tu es Française ? J’adore la France, je suis allé à Paris une fois pendant quatre jours »

Il y a ensuite les opinions, alimentées par les chaînes d’information, les journaux et… Facebook, qui nourrissent des fantasmes plus ou moins fondés, et entraînent des prises de position souvent radicales.

Gérer l’actualité

Mais depuis quelques mois, les sujets d’actualité concernant la France vont bon train et par conséquent nous donnent des occasions multiples et variées de discutailler sur les choix politiques français. Et avec les attentats de Novembre dernier, les événements de Nice, la polémique autour du burkini, laissez-moi vous dire que la France est suffisamment sur le devant de la scène depuis quelques mois. (Merci de faire un break.) Les attaques terroristes, notamment, ont évidemment provoqué compassion et tristesse chez mes proches. D’ailleurs, je reçois toujours ce court message quand il se passe quelque chose de grave quelque part sur le territoire français :

« J’espère que ta famille et tes amis vont bien. »

Une bonne initiative, certes. Mais qui a tendance à me faire sourire. Non, ma famille ne fréquente pas l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray. Non, mes amis n’habitent pas Nice. Mais pour un Australien qui regarde les gros titres sur Facebook, il y avait marqué « Nouvel attentat en France », alors lui il va direct dans la liste de ses amis présents sur le territoire français pour envoyer le petit message susmentionné. Peu importe qu’ils se trouvent à Lille et que l’attentat ait eu lieu à Toulouse. Il n’a aucune idée de la géographie de la France, mais – plein de bonnes intentions – il écrit quelques mots, éventuellement accompagné d’un « Pray for… » et retourne à sa routine habituelle.

The Little Girl in Boots Blog expatriation expatrié Australie Melbourne Victoria

Après le meurtre du prêtre Jacques Hamel par deux terroristes, un caissier du supermarché m’a ainsi lancé, alors qu’il rangeait mes commissions dans un sac :

« Je suis profondément désolé pour la France. Mais ne vous en faites pas, nous allons vous aider, comme nous l’avons toujours fait. »

J’ai ainsi balbutié un « merci », mi-touchée, mi-amusée par cette remarque qui semblait tout droit sortie d’un film américain sur le débarquement en Normandie. Cela partait d’une bonne intention, donc je n’ai pas trop creusé quand il a conclu par un « God bless you ». Les Australiens que je fréquente sont assez peu religieux (ou plutôt laissent Dieu de côté, cela fait partie de leur vie privée et ils ne l’étalent pas en public). Cela m’avait semblé un peu à côté de la plaque, surtout vu le contexte. Mais admettons.

Incarner la France (quel honneur)

Quand vous êtes le seul Français du coin, vous devenez soudain la cible privilégiée de discussions plus ou moins informées, filtrées par les media de masse et parfois lost in translation. Il n’y a qu’à comparer les articles publiés par la presse en anglais et en français, cela peut être savoureux. D’autant plus quand ils touchent à des sujets dits « sensibles » : l’immigration, la religion, le terrorisme. Certains veulent en savoir plus, d’autres posent des questions, et évidemment quelques uns vous assomment à grands coups de

« Pas de ça chez nous ».

« Ça n’arriverait jamais ici ».

« Franchement la France pourrait mieux faire ».

Difficile dans ces cas-là de ravaler l’envie de répondre que les contextes sont partout différents, que chacun fait ce qu’il peut avec la situation qui lui est donnée et qu’il est facile de juger à 20 000 km de distance sans connaître les réels tenants et aboutissants d’une situation. Non pas que je sois contre une critique argumentée des positions françaises. Les raccourcis et les généralisations me laissent en revanche assez froide quant à la qualité de ladite conversation.

Il y a quelques semaines, je me suis ainsi retrouvée au beau milieu d’une discussion surréaliste qui s’est conclue par :

« La France devient musulmane, si vous ne mettez pas le holà de suite, dans un siècle vous ne serez plus chrétiens. »

Euh, Est-ce que je peux juste prendre mon paquet de visses, Monsieur ? Parce que là je n’ai pas envie de me lancer dans un débat sur les chances de Marine Le Pen de passer à la présidentielle de 2017.

En repartant le plus vite possible (et en expliquant que je n’avais rien contre les Musulmans et qu’au contraire certains de mes amis sont musulmans et des gens adorables), je me suis alors interrogée sur la façon dont, soudainement, étant Française, j’incarnais la nation toute entière aux yeux de certains, qui oublieraient presque que je suis un individu avec ses idées propres et que je ne suis pas forcément d’accord avec la majorité bruyante de mon pays, ni avec les hommes politiques de droite ou de gauche qui s’expriment ces derniers temps sur le droit d’une femme à se baigner habillée si elle en a envie. Je deviens un exemplaire, au sens propre du terme.

Notez que cette situation n’est pas propre à l’Australie et qu’en France comme partout dans le monde nombre de gens ont une fâcheuse tendance à mimer le même processus à l’égard de quiconque possède un passeport étranger : « Vous, les …, vous faites toujours … » (à remplir avec la nationalité que l’on vise).

Diplomatie quotidienne

Fort de ce nouveau costume d’ambassadeur de la France dans votre pays d’adoption (le salaire en moins), il convient de déterminer quelques stratégies. Parce que l’on ne peut éviter ces conversations (d’ailleurs, le plus souvent, ce serait bien dommage) et qu’elles sont aussi le signe que les gens autour de vous s’intéressent à l’actualité internationale. De plus, il me semble que dans la majorité des cas, vos interlocuteurs ont le sentiment de faire un pas vers vous en évoquant votre pays d’origine. Ils sont fiers d’avoir autre chose à dire que des banalités sur la gastronomie française. Et tant pis si les sujets abordés sont douloureux ou créateurs de conflits. A mon sens, c’est extrêmement positif, car ne pas être d’accord et pouvoir en discuter sont deux signes d’une démocratie en bonne santé !

The Little Girl in Boots Blog expatriation expatrié Australie Melbourne Victoria

Cependant, ce n’est pas toujours évident à gérer. Depuis que la polémique du burkini a éclaté, je me sens un peu mal à l’aise, j’avoue, quand je dois parler à des femmes musulmanes ici, car je crains qu’à entendre mon Frenchie accent, elles se fassent une mauvaise opinion de moi d’emblée. Alors que personnellement je trouve révoltant que l’on puisse encore débattre, en France, en 2016, sur ce que des femmes ont le droit de porter pour aller se baigner. Chacune devrait pouvoir faire ce qu’elle a envie, en accord avec ses croyances. Car le problème de ces polémiques qui enflamment la toile, c’est qu’ici on n’en voit qu’une partie, distillée par les media officiels et officieux. Tous les discours des intellectuels français qui défendent les droits de ces femmes à disposer de leur corps comme elles l’entendent, ne nous parviennent pas. Les tribunes du Age (quotidien de référence à Melbourne) s’offusquent alors des poussées de droite et d’extrême-droite en France, passant sous silence la résistance : les féministes, hommes et femmes, qui évoquent la tolérance, le respect et demandent l’apaisement. On ne lit pas non plus que cette polémique trouve sa place dans un climat tendu de préparation aux élections présidentielles de 2017, et que les élus qui se lancent dans ce type d’arrêtés cherchent essentiellement à se faire connaître. On lit essentiellement que la polémique est née des récents événements sur le territoire français. Or, à mon sens, c’est une analyse très partielle de la situation.

Bref, puisque l’on est considéré comme représentant de son pays, il faut pourtant s’y coller et  répondre aux interrogations de nos nouveaux voisins. Dans ce contexte troublé, on peut  alors adopter différentes attitudes :

  • le silence poli agrémenté d’un sourire british (pour éviter les polémiques quand on vous dit « La France est raciste » et que vous avez envie de dire qu’il y a des racistes en France, comme partout, mais que vous ne l’êtes pas et que la plupart des Français sont ouverts et tolérants) ;
  • la révolte enflammée (mais on vous prévient tout de suite, ça risque de tomber dans l’oreille d’un sourd) ;
  • la discussion à tendance pédagogique où vous tentez d’expliquer le pourquoi du comment (si vous avez compris quelque chose au bazar ambiant !).

Personnellement j’aime assez la dernière version, avec des gens ouverts à la discussion et au débat d’idées, mais vous êtes souvent réduit(e)s à la première, notamment quand on vous prend par surprise chez le vétérinaire ou au supermarché. Parce que, honnêtement, il est difficile de débattre de la montée des extrémismes en Europe quand on est en train de peser ses tomates, non ?


Vous vivez à l’étranger ? Vous aussi vous devenez parfois les ambassadeurs de votre pays ? 

Racontez-nous quelques anecdotes dans les commentaires !

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *